Les cafés Malongo

Programme d'insertion sociale des jeunes de la rue.

Sept nouveaux jeunes (17-18 ans) ont intégré le programme d'hébergement et d'insertion sociale. Ce sont tous des laveurs de voitures (base du Rex). A peine sociabilisés et plutôt turbulents, ils ont déjà eu des problèmes avec les vigiles du market situé à côté de leur base de travail. D'une part, le directeur du magasin les accuse de faire fuir la clientèle par leur "désordre", de l'autre, les jeunes rétorquent que la rue appartient à tout le monde et qu'il ne peut pas les empêcher de travailler. Le ton est monté d'un cran, et l'un des vigiles (qui sont armés de fusils à pompe) leur a tiré dessus, heureusement sans blesser personne. L'ambiance est extrêmement tendue depuis cet incident. Nous avons demandé aux jeunes d'éviter toute provocation
D'une manière générale, les jeunes des rues qui lavent les voitures ont rarement des embrouilles avec leur voisinage ; ils sont trop vulnérables pour ça, et ils savent qu'ils seront les premiers embarqués par la police en cas d'histoires.

Programme d'insertion sociale des jeunes de la rue.

Le service de l'état civil est toujours en panne, faute de financements. Aucune carte d'identité n'a été fabriquée depuis les dernières élections il y a 2 ans.
Il n'y a pratiquement plus de bandes d'enfants des rues dans Port-au-Prince. Comme il s'y était engagé, l'état a ouvert deux grands centres depuis quelques mois. On ignore la façon avec laquelle les enfants ont été repérés et emmenés dans ces centres qui sont des structures fermées. Nous n'avons pas été autorisées à en visiter un. Personne n'a réellement d'informations sur les conditions de vie des enfants ni ne sait quels sont les services de l'état qui gèrent ces foyers.

Cinq jeunes du programme apprennent à conduire et devraient bientôt passer leur permis. La formation et les frais d'examen sont assurés par le centre d'accueil d'enfants des rues CARITAS, que nous connaissons bien. Ils se servent de vieux manuels de code de la route français pour la théorie ; sachant qu'il n'y a aucun panneau de circulation dans Port-au-Prince (tout juste quelques feux tricolores nouvellement installés), ceci reste pour eux parfaitement virtuel. Par contre, pour la pratique, quelques heures leur suffisent pour sembler être nés avec un volant entre les mains. Ce n'est pas pour rien que la majorité des chauffeurs de taxi de New York ou de Montréal sont des immigrés haïtiens !

Plus de la moitié des jeunes participent maintenant au financement du loyer de leur chambre.





Le Centre filles LAKOU :

Au mois d'octobre, une partie des filles qui fréquentent le Centre sont allées passer 4 jours au bord de la mer dans un camp situé à une trentaine de kilomètres de Port-au-Prince. En fait, il s'agit d'une petite maison entourée d'une grande cour arborée qui donne directement sur la plage, et qui est le don d'une grande famille haïtienne aux ?uvres des Frères Salésiens, ordre dont est issu le Père STRA, directeur de Lakou. Une petite école à proximité faisait office de dortoir pour les filles et leurs bébés.

Bien que Port-au-Prince soit une ville côtière, la plupart des filles ne vont jamais à la plage ou au bord de la mer ; il y a très peu de plages publiques dans la zone métropolitaine. Les quelques rares sont fréquentées par la classe moyenne. L'immense majorité des habitants des bidonvilles et des quartiers populaires délaisse les bords de mer qui sont considérés comme des lieux réservés aux activités de la pêche. Les nombreux naufrages de bateaux qui assurent les traversées entre les différentes villes et petites îles du pays (Le Neptune en 1991 ? 1.000 morts ? et La Fierté en 1997 ? 400 morts -, pour ne citer que les plus importants) ne font que renforcer cette méfiance vis-à-vis de la mer.
Le Centre organise d'autres camps à la montagne, en été et au moment des pèlerinages religieux. Les organisateurs, qui sont aussi éducateurs(trices) au Centre, font leur possible pour développer, durant ces quelques jours, une ambiance familiale fondée sur la douceur et l'amitié.
Nombre de filles sont malheureusement séropositives et meurent assez rapidement du SIDA. Le Centre assure le suivi médical des filles contaminées, où elles bénéficient du secret médical sur leur état de santé. Une assistante sociale leur distribue quotidiennement des traitements anti-rétroviraux. Les protocoles de suivi médical établis par l'OMS, très stricts, sont difficiles à mettre en ?uvre avec les jeunes de la rue qui, par définition, ne sont pas stables. Ils peuvent disparaître, pour différentes raisons, des semaines entières et interrompre ainsi leur traitement. Certains spécialistes se posent la question sur l'opportunité de démarrer des traitements qui nécessitent, pour leur efficacité, une grande régularité dans leur prise et qui engendrent beaucoup d'effets secondaires avec une population aussi instable et imprévisible que les enfants de la rue. Certains préconisent de traiter uniquement les maladies opportunistes, et les bébés nés de mères séropositives.
Un autre facteur d'échec des thérapies contre le SIDA est dû aux ruptures de stock des médicaments anti-rétroviraux.


Programme de microcrédits à CAP ROUGE :

Pour ce qui concerne le programme à Cap Rouge, le premier bilan est plutôt positif.
Les règles du microcrédit ont été très vite intégrées par les responsables de groupes et les bénéficiaires. Démarrée il y a six mois avec 3 groupes de cinq personnes, la mise en ?uvre du projet repose sur une responsable par groupe, désignée par les femmes elles-mêmes, qui est chargée d'encaisser les remboursements et du suivi des comptes. Ce sont les responsables des comités de petits producteurs de café qui, pour l'instant, établissent la liste des bénéficiaires et constituent les groupes de femmes. Ce mode d'organisation présente des inconvénients dans la mesure où il multiplie les intervenants et dilue les responsabilités. De ce fait, le programme se retrouve un peu compartimenté, avec une mauvaise visibilité de son ensemble, chaque groupe évoluant de façon autonome. L'avantage est qu'il ne repose pas sur une seule personne dont une éventuelle indisponibilité (déplacement, accident ou décès) pourrait en suspendre ou en interrompre le déroulement.
Au mois d'octobre, nous avons accordé 15 nouveaux prêts, ce qui représente un total de 30 crédits pour 2007. Tous les groupes préfèrent rembourser mensuellement plutôt que chaque semaine. Le remboursement hebdomadaire avait été institué par les concepteurs du microcrédit pour éviter aux bénéficiaires de se retrouver avec une somme trop importante à débourser chaque mois ou d'être tentés, voire contraints, de détourner les économies accumulées pour leur emprunt vers d'autres dépenses plus urgentes. Avec un budget familial en perpétuel flux tendu, la tentation est grande !
La plupart des femmes demandent un crédit pour faire du négoce ou installer un petit commerce.

La boutique Malongo